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Ma journée d’assesseur

4 juin 2005

Ma ville s’est équipée de machines à voter. Lors du référendum du 29 Mai 2005, j’ai donc demandé à être assesseur. C’était une expérience nouvelle pour moi, et ce fut très enrichissant. Je suis allé par cohérence, puisque je me mèle de donner des leçons de démocratie (à travers ce site), pour connaître précisément ce dont je parle, et enfin par curiosité. Voici quelques remarques inspirées par cette journée.

1) la plupart des gens sont effectivement ouverts à la nouveauté, et en sont contents

2) une minorité non négligable n’a pas été à l’aise et a dû parfois se faire assister, rompant ainsi le secret du vote.

3) les machines étaient des Nedap. Le dépliant officiel du ministère de l’Intérieur, affiché dans le bureau de vote, explique l’utilisation en trois points :
- appuyez sur le bouton correspondant à votre choix
- controlez à l’écran
- validez
Le président guidait vocalement de la façon suivante : "Appuyez sur le bouton correspondant à.votre choix, appuyez sur le bouton validation." Le deuxième point n’a jamais été indiqué, sauf brièvement sur mon conseil, conseil vite oublié, parce que c’était le matin et il y avait de l’affluence. Evidemment le risque d’erreur était faible avec seulement trois bulletins, mais ce n’est pas le risque d’erreur qui m’interpelle, mais ce que ça indique de la façon d’intéragir avec une machine (en régle générale : celle-là ou une autre).

Les gens peu à l’aise avec les machines apprennent et suivent fidélement une suite d’instruction. Evidemment si quelque chose d’inattendu se produit, c’est un peu la panique. Alors qu’il faut dialoguer avec une machine : j’appuie sur un bouton, j’observe ses réactions (écran, voyant...), je prends une décision en conséquence, et j’appuie sur tel ou tel autre bouton.

D’ailleurs le dépliant devrait être :
- appuyez sur le bouton correspondant à votre choix
- regardez l’écran
- si l’écran affiche votre choix, alors Validez, sinon Correction + recommencez au début.

Je me suis demandé quelle pouvait être la proportion de gens ayant regardé l’écran. D’ailleurs plusieurs malvoyants sont passés sans se plaindre qu’il n’y voyaient rien. Et objectivement l’écran n’est pas très lisible.

Contrôler ce qu’on vient de voter est l’essence même du VVPB / VVAT (bulletin imprimé vérifié par l’électeur), technique en train de s’imposer aux USA pour compenser les problèmes des dernières présidentielles.

4) aucune remarque sur le charme du dépouillement, (et surtout pas de mes collègues assesseurs !) mais plusieurs inquiétudes (10 à 15 sur environ 600) plus ou moins prononcées sur la confiance envers la machine. Des remarques de formulation assez variée, cela allait de la méfiance instinctive, à des évocations des élections américaines, jusqu’à l’informaticien qui avait un doute et posait une question précise, mais à côté de la plaque, parce qu’il ne connaissait pas grand chose de ces machines.

5) j’ai été surpris de la rapidité de passage devant la machine. Certaines personnes ont mis du temps à comprendre, mais le goulot d’étranglement était au contrôle de l’identité, notamment quand il y avait une procuration. Pas de files d’attente significatives chez moi, mais notre rédacteur du Havre a mis 26 minutes à voter. Brest, qui a réduit le nombre de bureaux de vote, pourrait avoir rencontré des difficultés.

6) la confidentialité du vote est plus délicate à assurer. Cela va de celui qui veut aider son conjoint peu à l’aise, et à qui on doit rappeler que c’est comme un isoloir, au sournois (3 cas) qui veut voir comment vote son conjoint. Une dame à qui je demandais de s’éloigner m’a répondu : "mais c’est mon mari". Nous n’avons pu empêcher un homme assez agressif d’aider sa femme à voter. Il faudrait des rideaux, ce qui rappelerait symboliquement l’isoloir.

7) Une batterie de prévue en cas de coupure de courant, mais curieusement cette batterie n’est pas branchée au début, mais seulement APRES qu’une coupure intervienne. Outre qu’on peut se demander pourquoi on n’utilise pas un onduleur, vu leur faible coût actuel, il me semble que si une coupure de courant survenait en cours de vote, même si le logiciel est bien écrit, genre base de données avec transactions, ce serait compliqué de savoir si le vote a été enregistré ou non. Il faudrait compter les émargements et les comparer au compteur de la machine. Quid si il y a eu erreur antérieure dans les émargements ? En tout cas, cela donne une impression d’amateurisme dans la conception.

En conclusion, je dirai des difficultés certaines (d’utilisation ou de confiance) pour une petite minorité qu’on ignore. Mais bon, c’est le principe du suffrage majoritaire... La minorité malhabile risque de le rester, car maîtriser l’utilisation d’un appareil nouveau et technologique nécessite de s’en servir régulièrement. Les élections sont trop peu rapprochées pour cela. L’avenir nous dira ce que deviendra la minorité qui n’a pas confiance.

P.-S.

Je tiens à saluer la grande qualité des deux Présidents et des autres assesseurs.

Pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de raconter une anecdote vécue ce jour-là.

Dans l’après-midi, lors d’un creux dans l’arrivée des électeurs, nous étions donc seuls, la présidente du bureau quitte son poste pour aller voter elle-même, et demande son numéro de carte d’électeur :
- "69"
- "je savais bien que j’avais un numero à la c.."
Le président remplaçant lui dit alors d’aller voter, et fait ce lapsus inoubliable :
- "la burne est ouverte"
On a tous hurlé de rire. Comme quoi, être assesseur n’est pas aussi ennuyeux qu’on le croit...

©© Pierre MULLER, webmestre - dernière modification : lundi 11 décembre 2017.

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