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E-Poll et INES : un cocktail inquiétant

23 septembre 2005

E-Poll est une machine à voter dont l’autorisation est annoncée pour la fin de l’année 2005, avec modifications législatives à la clé [1]. France Telecom en est le principal concepteur. Alors que les machines actuelles ne gèrent que l’enregistrement du vote et le dépouillement, e-Poll ajoute l’identification de l’électeur et son émargement (signature une fois que vous avez voté). L’électeur s’identifie à l’aide d’une carte à puce contenant optionnellement (le système est modulaire) des informations biométriques (empreintes digitales par exemple [2]).

INES (Identité Nationale Electronique Sécurisée) est un projet de carte multi-usages : carte d’identité, identification pour l’administration électronique (déclaration d’impôts...) et le commerce sur Internet, répertoire de données personnelles, et peut-être un jour carte d’électeur. Il suscite déjà beaucoup d’inquiétudes (et une pétition) : création d’un fichier d’empreintes de toute la population, motivations mal étayées (fraude) ou jouant sur les peurs (terrorisme, immigration, ...), lecture à l’insu du porteur, carte rendue obligatoire comme sous Vichy, etc... L’avenir nous dira si ces inquiétudes seront prises en compte. Et si le débat qui s’est tenu sur le Forum des Droits sur Internet n’aura été qu’une consultation de pure forme.

Ces deux projets risquent donc de se rencontrer, bien que rien n’apparaisse dans la présentation d’INES. Une fois les réticences initiales dépassées, ce projet peut graduellement évoluer dans quelques années. En Estonie, le projet de vote par internet généralisé et la carte d’identité électronique sont couplés. Dans un premier temps, e-Poll fonctionnera avec des cartes d’électeurs électroniques spécifiques [3], comme cela a été le cas lors de son expérimentation. Toutefois, carte d’électeur intégrée ou non à la carte d’identité, le raisonnement ci-dessous reste le même.

L’électeur va donc insérer sa carte d’électeur (ou sa carte d’identité) dans la même machine où quelques secondes plus tard il va procéder à son vote. Voire après y avoir apposé son doigt sur un capteur d’empreintes digitales. Comment pourra-t-il être assuré du secret de son vote de façon intuitive ? Des experts expliquant dans leur jargon quelque chose du genre “l’étanchéité des sous-systèmes est assurée” suffiront-ils ?

Certaines des machines à voter actuelles (Nedap, ESS) y parviennent parce que l’urne électronique est ouverte lorsque le président du bureau de vote appuie sur un bouton (ou une sorte de télécommande). Ce bouton étant le même pour tout le monde, la séparation entre la phase d’identification de l’électeur et son vote est bien concrète. Même si cela peut être une illusion trompeuse, le logiciel des machines étant secret, et la conformité à l’agrément mal assurée. D’autres machines (Indra) utilisent déjà des cartes à puce. Elles ne sont toutefois pas nominatives, avant tout parce qu’une carte d’électeur n’est pas obligatoire pour voter, et peut-être à cause du coût. Une carte est donnée à l’électeur pour ouvrir l’urne électronique, et rendue ensuite pour être réutilisée.

Dans le cas du vote “papier”, le secret du vote est assuré par des objets non technologiques (isoloir, enveloppes, bulletins identiques...) et n’importe quel citoyen le vérifie naturellement, sans devoir faire confiance aveuglément à des experts.

Mais voyons en pratique quelles explications sont données. Voici des extraits retranscrits de l’interview [4] d’un ingénieur de France Telecom (partenaire du projet e-Poll) réalisée lors du test d’Issy-les-Moulineaux en 2005 :

« Le jour du vote, les électeurs se verront remettre une carte à puce contenant un certificat électronique (comme pour la déclaration d’impôts sur Internet [5]), quelque chose qui est rattaché à un électeur, qui permet de signer, chiffrer le vote que l’électeur va émettre. En signant, chiffrant, on va pouvoir respecter l’anonymat lié au vote, tout en étant sûr que c’est la personne identifiée qui émet ce vote. »

Vous êtes rassuré ? Concrètement cela se passe comment : « On va glisser sa carte, ...[détails de la composition de son vote sur l’écran tactile]... On va lire les informations sur la carte, on va chiffrer le bulletin, le vote est enregistré, l’électeur retire sa carte et sort de l’isoloir. »

Qu’est-ce qu’est un certificat électronique ? Qu’est-ce que chiffrer veut dire ? Allez d’abord faire quelques études d’informatique avant de poser des questions saugrenues !

P.-S.

E-poll pose de nombreux autres problèmes, notamment par son architecture en réseau. Ils feront l’objet d’autres articles, quand nous disposerons de plus d’informations, rien n’étant publié.

Notes

[1] L’utilisation d’e-Poll demande des modifications du code électoral, l’électeur pouvant voter depuis n’importe quel bureau de vote. Maire-info du 31 mai 2005

[2] Bien que dans l’état actuel du projet, le capteur d’empreintes digitales semble un fiasco complet. Il a rencontré des difficultés avec les empreintes de personnes âgées, de certaines professions en contact avec des substances corrosives, tels les maçons, ou de personnes de couleur. Détails

[3] Ou peut-être encore plus simplement des cartes à code barre.

[4] Issy TV, au milieu du reportage.

[5] Dans ce contexte, la principale différence est que votre déclaration d’impôts est simplement secrète (seuls vous et le fisc êtes au courant). Un vote doit être anonyme : vous seul le connaissez, et de plus , vous n’avez aucun moyen de prouver pour qui vous avez voté.

©© ordinateurs-de-vote.org - dernière modification : mercredi 13 décembre 2017.

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